De “Réinventer la nuit” à “Dihya”, la renaissance de la DJ parisienne Paloma Colombe

Une voix féminine dans la nuit parisienne

Elle a porté la colère et les revendications des femmes dans la nuit parisienne avec le projet « Réinventer la nuit », devenu un symbole de prise de parole face aux violences sexistes dans les clubs et concerts. Aujourd’hui, la DJ parisienne Paloma Colombe revient sur le devant de la scène avec « Dihya », une nouvelle étape de sa carrière construite autour de sa vision engagée de la fête et de la musique électronique.

Le choc fondateur du Cabaret Sauvage

Le 10 juin 2023, lors d’un DJ set au Cabaret Sauvage, Paloma Colombe subit un déferlement d’insultes sexistes de la part d’hommes dans le public, alors qu’elle n’est défendue que par deux amies et sa nièce de 18 ans. Cette soirée de trop, après des années à supporter des comportements dégradants derrière les platines, déclenche chez elle une profonde remise en question et marque le début d’une transformation personnelle et artistique.

Des débuts marqués par le sexisme

Depuis ses débuts en 2017 dans les restaurants Costes, où elle mixe plusieurs fois par semaine, Paloma Colombe fait face à un flot constant de remarques sexistes, qu’elle dit avoir longtemps intériorisées. Ces expériences, bien que formatrices professionnellement, restent très éloignées de sa vision de la fête et de la nuit.

La découverte d’une fête queer et safe

C’est à San Francisco, pendant ses études de cinéma, qu’elle découvre une scène nocturne fun, queer, safe et flamboyante, qui redéfinit pour elle ce que peut être la fête. Elle explique que c’est en sortant constamment dans ces soirées qu’elle « tombe dedans » et qu’elle trouve l’élan pour devenir DJ, une voie qu’elle n’aurait peut‑être jamais envisagée autrement.

Prendre la parole publiquement

Après l’incident du Cabaret Sauvage, Paloma Colombe publie sur Instagram un texte dans lequel elle raconte cette nuit cauchemardesque, brisant enfin le silence. Son message fait écho à de nombreuses DJ parisiennes, dont Anaco, Bambi et Domi, qui se reconnaissent dans ce récit de harcèlement et de fatigue face au sexisme ordinaire de la nuit.

Un moment de rupture et de limites

À 33 ans, cet épisode devient pour elle un moment charnière, où elle décide de se réaligner avec ses valeurs et de poser clairement ses limites. Elle confie que ce fut un moment où elle a cessé de se laisser marcher dessus, malgré la peur de s’exposer, transformant des émotions très négatives en énergie positive et structurante pour la suite.

Mettre la carrière en club en pause

Pour intégrer ce tournant, Paloma Colombe met sa carrière en club entre parenthèses, ne jouant plus qu’occasionnellement pour le plaisir. Elle se donne ainsi l’espace pour repenser sa manière d’exercer son métier, loin de la pression constante des dancefloors et plus proche de ses besoins personnels.

La transmission avec “Les Cours de Paloma”

Elle commence à donner des cours de DJing, baptisés « Les Cours de Paloma », qui rencontrent un succès croissant et pour lesquels son planning est complet plusieurs mois à l’avance. À travers ces cours, elle découvre une nouvelle façon d’habiter son rôle de DJ, par la transmission, au point de dire qu’elle ne pourrait plus se passer de cette dimension pédagogique.

Sensibiliser tous les âges au mix

Paloma Colombe initie des enfants aux bases du mix dans des écoles, anime des stages pour des adolescents et forme des adultes qui souhaitent se professionnaliser. Son dernier projet mentionné est une session en maison de retraite à Fontenay, où elle partage la culture du DJing avec des personnes âgées, ouvrant ainsi la fête à des publics peu habituels.

Une nouvelle ère avec “Dihya”

Avec la compilation « Paloma Colombe presents Dihya », sortie sur le label parisien Applause Music, elle inaugure une nouvelle ère plus affirmée et plus alignée avec ses valeurs. Ce disque rassemble des artistes issu·e·s de minorités et reflète « purement les esthétiques musicales » qu’elle affectionne, entre techno, breaks et énergies telluriques.

Un casting d’artistes minorisés

La compilation met en avant, entre autres, la productrice de « cyber‑chaâbi » Syqlone, la DJ d’Ed Banger Tatyana Jane, ainsi que Paloma Colombe elle‑même avec le titre « Crash Test ». Le projet porte un message clair de métissage, en accord avec l’identité d’une artiste franco‑algérienne engagée, dont la famille est politiquement fracturée.

Retour aux platines et nouvelle agence

Son retour plus régulier derrière les platines se fait naturellement lorsqu’elle rejoint l’agence de booking Les Filles Soniques, basée à la Friche la Belle de Mai à Marseille. Cette nouvelle structure lui permet de s’entourer de personnes partageant ses valeurs humaines, condition qu’elle considère désormais essentielle à son équilibre professionnel.

Gagner en confiance et poser ses limites

Paloma Colombe explique avoir gagné en confiance et mieux appris à poser ses limites dans son travail de DJ. Elle relit l’incident du Cabaret Sauvage comme un moment de choix et de respect de soi, à partir duquel elle se sent aujourd’hui plus alignée avec sa manière de collaborer et de se produire.

Une fête pensée comme métissage

Au cœur de son projet artistique, Paloma Colombe place le métissage, qu’elle traduit par un mélange de rythmes électroniques, d’archives sonores et de références à ses racines. Sa musique cherche à faire dialoguer différentes cultures et à offrir une place centrale aux récits de personnes minorisées, souvent peu entendues dans les scènes dominantes.

Une biculturalité revendiquée

Artiste franco‑algérienne, elle revendique une biculturalité qu’elle sublime dans ses sets et ses sélections, où se croisent beats percussifs et influences kabyles ou nord‑africaines. Ce positionnement nourrit une esthétique singulière, à la fois militante et profondément festive, qui fait de la piste de danse un espace de narration et d’émotion.

Résilience et renaissance

De « Réinventer la nuit » à « Dihya », le parcours de Paloma Colombe dessine une trajectoire de résilience, de prise de parole et de renaissance artistique. En transformant un choc violent en moteur de création et de transmission, elle redéfinit son rôle de DJ comme celui d’une passeuse de sons, de récits et de confiance pour les générations futures.

« Ça a été un moment hyper important de ma vie, un moment où j’ai arrêté de me faire marcher dessus, où j’ai dit : ça, c’est ma limite. »

Avec « Dihya », elle manifeste une « nouvelle ère » plus affirmée, plus alignée, où la fête devient un espace de métissage et de respect de soi.

Résumé d’auteur

Parcours d’une DJ franco‑algérienne qui transforme un traumatisme sexiste en moteur de métissage musical, de pédagogie et de fête engagée, culminant avec la compilation “Dihya”.

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